Ambivalence, quand tu nous tiens

Cette ville de Toronto développe un ressenti très particulier chez moi, une sorte d’ambivalence constante vis-à-vis d’elle. Je vous avais parlé de mon ressenti, il y a quelques mois dans mon article « Toronto je te ferai mienne!!! . Un questionnement revient quotidiennement vis-à-vis de Toronto. Il me semble donc intéressant d’aborder mes ressentis après quelques mois de recul désormais.

Est-ce-que j’aime cette ville? C’est très troublant car d’un jour à l’autre, d’un instant à l’autre, ma vision de la ville bascule. Est-ce-que je m’y sens bien? Là, encore c’est très difficile à dire. Je ne m’y sens pas mal, même si les premières semaines de mon arrivée ici (au mois de janvier) étaient, avec le recul un peu déprimantes. Si je prends les critères d’épanouissement en compte, je peux dire qu’ils sont pour la plupart remplis. Je pense qu’ils n’ont jamais autant été complétés d’ailleurs. Notre qualité de vie a explosé ici: moins de stress, plus de temps partagés, moins de privation, plus de voyages,  une ouverture plus grande vis-à-vis des autres,  plus de temps de loisirs, moins de temps de transports, plus de positivité. Tout cela rentre en compte dans l’épanouissement personnel, et j’ai tout cela ici. C’est évidemment, parce que nous vivons à Toronto, que tout cela nous est offert, mais….  Je vais tenter de me faire comprendre, j’apprécie ce que la vie ici m’apporte, mais je n’aime pas la ville de Toronto en elle-même d’où cette ambivalence perpétuelle. L’esthétique a beaucoup d’importance pour moi…

[Lorsque j’habitais Paris, je critiquais régulièrement le laisser aller de la ville, qui se reposait sur ses acquis architecturaux selon moi, sans chercher à améliorer la beauté des lieux et laissant se détériorer l’expérience des touristes et habitants, au fur et à mesure des années (efforts misérables pour assurer la propreté des rues et du métro. Je m’étais même renseignée sur le budget « propreté » de la ville », qui était colossal par ailleurs, mais qui était investi dans du cache-misère, plus que dans une réelle prise en main de la situation: micro-billes qui éclatent sous les pieds, dans le métro pour dégager un parfum afin de cacher l’odeur pestinentielle, par exemple)… Mais bref, c’était ma perception de Paris auparavant…]

Imaginez-bien qu’en arrivant à Toronto, j’ai été quelque peu désabusée de la démarche esthétique de la ville. Cette ville ne semble pas avoir réfléchit le moins du monde à l’harmonisation des espaces et au bien-être des Torontois. Les constructions des années 70, faites à la hâte, ressemblent à de gros blocs de l’air communiste. Ces barres et ces tours disséminées dans toute la ville et collées les unes au autres gâchent l’expérience visuelle. Et ces condos, ces fameux, ces hideux. Parce qu’ils sont tout de verre, devraient être plus jolis? Ils se multiplient, croquant chaque espace libre. Les jolies maisons victoriennes typiques de Toronto se retrouvent coincées entre ces colosses de verres et de béton. Le lac est bordé de condos et bâtiments industriels. Toronto étant la plus grande ville du Canada, je m’attendais à une ville relativement grise, mais ce qui me gêne c’est cette prise en otage par la ville: soit tu habites proches  des commodités et tu « bouffes du moche » à longueur de journée, soit tu t’éloignes dans les quartiers résidentiels de la ville (qui sont très excentrés, voire dans les villes limitrophes), mais tu n’as plus un seul magasin ou restaurant à côté de chez toi.

A titre d’exemple, j’ai réalisé un parcours sur google map pour préparer l’arrivée d’amis (dont je vous avais parlé dans cet article Préparation de nos prochaines destinations. J’ai envie de leur montrer « le beau Toronto », le « Toronto chaleureux », le « Toronto bohème » etc… Croyez-moi, pour réaliser le parcours que nous allons faire, sans que l’expérience ne soit gâchée par le fait de longer une grosse 4 voies ou de se retrouver à l’ombre de ces blocos gris et mal entretenus, cela a été un vrai casse-tête. J’ai d’ailleurs fini par prendre mon vélo pour faire mon repérage, afin de pouvoir visiter les lieux typiques de la ville et voir cette dernière, sous son meilleurs jours. J’ai ainsi pu constater que, quasiment dans chaque rue ou en tout cas à chaque croisement, tu te retrouvais avec un bâtiment laid qui venait gâcher l’esprit village de certains quartiers.

La circulation diffusée dans toutes la ville, dû à l’effet quadrillage des routes (bien qu’il y ait des axes principaux), est aussi quelque chose de désagréable. Même si la ville a mis en place certaines voies pour les cyclistes, elle est davantage centrée sur la circulation en voitures. Tu te retrouves avec des artères principales déversant des flots de voitures d’Est en Ouest et du Nord au Sud. Ce qui fait que même les parcs où l’on pourrait venir chercher un peu de verdure, sont encerclés par ces grandes voies. Le bruit incessant du trafic n’invite clairement pas au repos. Cela concerne aussi bien les petits parcs qu’on pourrait assimiler à des squares , que les plus grands parcs tels que Humber park  ou Wellesley park et toute la vallée de crothers woods. Ce sont de très jolis parcs mais ce que les jolies photos ne vous racontent pas, c’est que l’on entend le bruit perpétuel de la circulation en se promenant dans ces lieux. L’un de mes lieux favoris reste Scarbourough. Lorsque vous suivez la « waterfront trail »(qui traverse le sud de l’Ontario, si vous êtes partant pour découvrir ce territoire à vélo) des Beaches jusqu’au Crescent park, vous pouvez profiter des jolis paysages, des rues entretenues, du lac sans condos. Mais comme je vous le disais il faut sortir de Toronto.

J’ai trouvé une expression sympatique pour décrire mon ressenti vis-à-vis de Toronto, c’est une « ville instagrammable ». Il y a de superbes spots, des lieux vraiment jolis. En photos ils rendent d’ailleurs super bien, mais dès lors que tu regardes autour, tu as à affronter la pollution visuelle et sonore. A l’image de Sugar beach, magnifique plage, avec de superbes transats:

4836362290_395547341f_b

Mais qui en réalité, se retrouve accolée à une usine de sucre qui dégage une odeur de « crevettes en décomposition » ou de « poubelles ». Nous n’avons pas réussi à trancher, en fonction de l’odorat de chacun!

20100703 Sugar Beach Tower

Du coup, mes amis sont surpris, quand je les ai au téléphone et leur parle de mon ressenti car ils me disent: « mais tu nous envoies toujours des photos magnifiques, etc »…. Oui, mais il y a un grand MAIS…..

Avec les beaux jours qui arrivent, ma vision de Toronto tend à s’améliorer car les arbres sont en feuilles, le soleil est agréable lorsqu’il est là, de nombreux festivals sont organisés… Je reste cependant très frustrée de constater des températures qui restent relativement fraîches (18 -20° fin juin). La météo est également très changeante d’un moment à l’autre. Il va faire très beau le matin par exemple puis à 14h il se met à pleuvoir pendant 3h et le soleil revient. Cela empêche de pouvoir prévoir des activités en extérieur, de peur de se retrouver sous la pluie.

Voici un exemple de ce que mon téléphone m’indiquait hier:

InkedScreenshot_20170625-134215_LI

Voici, donc les côtés positifs et négatifs de la ville selon moi. Je me suis attardée sur les points négatifs car tous les côtés positifs de la ville vous seront vantés sur l’ensemble des sites toutistiques etc.  Moi, je voulais vous parler de mon approche de la ville, en y vivant au quotidien. Encore une fois, habiter ici m’apporte beaucoup, cependant, la beauté de la ville me manque.

Belle journée à vous,

Toronto je te ferai mienne!!!

Je vous ai indiqué dans un premier temps que les premiers jours avaient été un peu rude. Je vous ai quitté, lors de mon dernier article Mon arrivée, en vous expliquant que cette passade ordinaire, avait laissé place à une envie de découvrir Toronto… Je vous retrouve donc pour vous expliquer comment je vois cette ville deux mois après mon arrivée.

Après une semaine à deux semaines de prise de repères (durant lesquelles je suis restée dans un périmètre restreint autour de mon appartement), j’ai fait le pari de vadrouiller à pied à travers la ville, allant d’Est en Ouest, du Sud au Nord, afin de me familiariser avec cette grande ville qui devait devenir MA ville. En effet, je me suis lancée le pari de m’y sentir bien, même s’il peut y faire un peu froid, et j’ai commencé à vraiment apprécier y être.

Je suis partie me promener près du lac Ontario, faire mes courses de fruits et légumes à China Town (vraiment compétitif en terme de prix), j’ai découvert cette fabuleuse invention du PATH (quand il fait froid, ce lieux est magique), j’ai marché jusqu’à Distillery District et je suis tombée par hasard sur St Lawrence Market (j’adore le secteur de la vieille ville). J’ai serpenté les rues de Kesington alors que le soleil était au rendez-vous. J’ai également recherché les espaces verts. J’ai ainsi arpenté les rues afin d’atteindre le parc de Riverdale (hélas la ferme était  ponctuellement fermée) et j’ai prix le métro jusqu’à High Park. J’ai même tentée d’aller à la plage à pieds (étant donné la distance, c’était quelque peu irraisonnable et j’ai dû faire demi-tour), mais j’y suis finalement retournée en Street-car.

J’ai également voulu me rendre dans les vrais quartiers résidentiels: je suppose que vous avez dû l’apprendre comme moi, au collège, les villes américaines sont différentes des villes françaises. Le centre-ville est principalement destiné aux affaires et à une population pauvre ou aux nouveaux arrivants. Les logements sont mal entretenus et ne sont pas très esthétiques, exceptés les condos, qui eux se mélangent aux buildings d’affaires (mais que je ne les trouve pas particulièrement charmants non plus ). J’ai donc décidé de marcher vers le Nord, et suis tombée sur le quartier de Summer Hill et Casa Loma. Il faisait un soleil radieux, et j’ai pu apprécier la beauté de ces maisons qui tranchaient avec les habitations du centre-ville, à l’esprit très grunge. J’ai appris par la suite qu’il s’agissait des deux quartiers les plus prisés de Toronto. Mais quel bonheur de voir « du beau ».

La ville de Toronto, l’hiver, n’est pas une très belle ville, particulièrement quand la grisaille s’en mêle, mais dès lors que le soleil apparaît son visage s’illumine. Les tags et graffitis qui maquillent les murs égaillent chaque rue, les écureuils courent de part et d’autre, les oiseaux chantent, les gens sortent. Au mois de février, nous avons eu la chance d’avoir une journée à 17 degrés avec un soleil sublime, les femmes avaient sorti les jupes et les dos nus, certains étaient en short…Cela a donné un aperçu de ce que sera l’été!

J’attends d’ailleurs avec impatience la floraison des arbres et les pelouses vertes. Je me suis surprise à regarder si les bourgeons étaient bien  là. Car j’ai hâte que ces masses grises endormies et brûlées par le froid se réveillent et offre un paysage verdoyant.

Il faut aussi que je vous parle de notre amie la neige. Il ne neige pas autant qu’à Montréal, il ne faut pas s’attendre à un mètre de neige, par ailleurs, très rapidement les rues de la villes sont dégagées. J’ai vécu trois épisodes neigeux. Cela a contribué à me faire aimer la ville. J’ai adoré prendre mes après-ski et marquer mes empreintes de pas dans la neige fraîche . Il est agréable (lorsqu’on a le temps) de se promener au fil des rues enneigée (finalement quand il neige, il fait généralement moins froid que lorsqu’il ne neige pas). J’étais émerveillée de toute cette poudre blanche. Une fois bien couvert, quand il n’y a pas de vent on se fait très bien au froid (c’est une frileuse et une adepte de plaid à tout va, qui vous parle!).

Il y a certains lieux que je veux réserver aux beaux jours, donc j’attendrai par exemple qu’il fasse plus chaud et beau pour aller visiter la fameuse île de Toronto. D’ailleurs j’essaye de me promener principalement lorsque le soleil est parmi nous, car cela impacte fortement mon ressenti sur les lieux où je vais. Je tente ainsi de me créer des expériences positives, et ça fonctionne: une lecture assise sur un banc au soleil, une musique « feeling good » dans les oreilles en arpentant les rues, l’échange de deux-trois mots avec un inconnu, un pique-nique sur la plage (vous pouvez allez voir mon article d’ailleurs:The Beaches), et surtout je garde le sourire car on récolte des sourires en échange, et ça contribue au bonheur, à mon bonheur.

Belle journée à vous,

Mon arrivée

J’ai voulu me laisser un peu de temps pour écrire mon nouvel article. Je pense que si je l’avais écrit la semaine de mon arrivée, le contenu aurait été complètement différent.

Je suis arrivée le 17 janvier à Toronto, clairement pas la meilleure période pour arriver dans un pays comme le Canada. Faites attention à la période à laquelle vous déménagez (même si vous êtes impatients), ça a un impact énorme sur le ressenti que vous aurez de la ville.

Je suis arrivée un jour où il faisait beau, les démarches à l’aéroport ce se sont faites aisément, malgré mon niveau d’anglais médiocre (tous les services peuvent être demandés en français car c’est la seconde langue officielle).J’étais également très contente de retrouver mon mari après ces semaines de séparation. Puisque nous avions fait le choix d’habiter downtown (le quartier des affaires), j’ai tout de suite été frappée par ces grands buildings, je suis passée devant la CN tower. Ca y est nous étions bien de l’autre côté de l’Atlantique. Nous habitons au 50ème étage d’un immeuble, alors j’ai tout de suite été scotchée par la vue qu’offrait notre appartement. Le soir même nous sommes partis à Dundas Street, l’équivalent de Times Square en miniature. Du coup, j’ai eu une bonne première impression.

C’est au lendemain, que tout a basculé: il y avait une tempête monstrueuse: vent, pluie, neige fondue, grisaille. Quand je me suis réveillée , notre appartement était dans les nuages et le brouillard. Mon mari est parti au travail et m’a proposé de le rejoindre pour déjeuner. Entre temps, l’alarme incendie s’est mise à sonner dans notre immeuble. Je ne comprenais pas ce qu’on disait, j’étais paniquée et ai appelé mon conjoint pour qu’il essaye de déchiffrer le message qui retentissait dans l’appartement. Finalement, c’était une fausse alerte. Prête pour le départ vers le lieu de travail de mon mari, j’avais pris mon parapluie, mes gants et mon manteau: ne connaissant pas comment accéder à la tour où il travaille , par le souterrain « le path » (dont je vous parlerai sur un autre post), je suis sortie dehors. Mon Gps ne fonctionnait pas, sûrement un problème d’itinérance, mes mains étaient gelées car obligée d’enlever mes gants pour naviguer sur mon téléphone. Mon parapluie s’est cassé, j’était toute mouillée et perdue et lorsque j’ai essayé de contacté mon mari, mon téléphone s’est éteint car je n’avais plus de batterie. J’ai fini par arriver à l’accueil de sa tour et par chance nous nous sommes retrouvés immédiatement.

Je vous fait part de cette aventure, car elle a immédiatement transformé mon état d’esprit. Durant les cinq jours qui ont suivi, j’étais triste d’être loin de ma famille. J’avais reçu tellement d’amour les derniers jours, lors des aurevoirs déchirants. J’ai vécu chez mes parents et près de chez mon frère et ma soeur durant un mois, avant mon départ.  Donc au moment où il a fallu se détacher, j’étais plus proche que jamais de cette famille que j’aime tant. Le fait de se retrouver seule durant la journée, du jour au lendemain a été un peu difficile.

Au bout d’une semaine, j’ai osé sortir de notre appartement. Je me sentais sécurisée. Mon conjoint avait pris le temps de me montrer comment fonctionnaient les transports, j’ai dû me déplacer seule pour aller refaire mon permis, aller m’informer dans une association francophone qui est spécialisée dans l’intégration des nouveaux arrivants (passerelle I.D.E), j’ai dû faire des achats, découvrir les rues proches de chez nous. Je me suis mise à parler anglais avec les agents de caisse, quelques mots, mais ça redonne confiance en soi quand on arrive à se débrouiller.

Enfin, mon mari m’a mis en lien avec des amis qu’il avait rencontré avant mon arrivée, qui étaient plein d’énergie et accueillants. Passer du temps avec des francophones, rigoler, discuter, ça m’a redonné l’envie de découvrir.

Finalement, lorsque l’on arrive dans un nouvel endroit, il y a un petit temps d’instabilité car on cherche de nouveaux repères. Une fois que l’on a établi ces repères, le sentiment de sécurité revient et l’on peut essayer d’aller un peu plus loin à chaque fois.

Bonne journée à vous,

 

Départ par procuration 

Nous avons fait le choix mon mari et moi,  de ne pas partir en même temps.  Même si l’on peut penser qu’à deux les difficultés d’installation peuvent être plus faciles à supporter,  en réalité ils nous a semblé que partir à deux compliquerait la situation: 

– Il est plus facile de trouver une colocation provisoire pour une personne plutôt que pour deux ( on voulait trouver notre logement une fois sur place.  On considérait cela plus prudent étant donné le nombre  d’arnaques existant au sujet des locations d’appartements.). 

– La répartition des tâches permet d’accélérer notre arrivée à Toronto : ainsi je me suis chargée de finaliser les démarches ici (état des lieux de notre appartement,  redirection du courrier etc…),  pendant que mon mari se chargeait de nous trouver un logement à Toronto. 

-Nous amenons notre chat  à Toronto,  et pour cela il était plus prudent de s’assurer d’avoir un appartement et le nécessaire pour l’accueil de notre chat dans ce nouveau pays (litière,  nourriture). Il risque effectivement d’être quelque peu chamboulé par le voyage et le changement d’environnement et il nous semblait difficile de partir avec notre chat sans être assurés que celui serait accepté dans le logement provisoire.  

D’ailleurs,  heureusement que nous avions réfléchi à cela car quelques mois avant notre départ,  notre chat a eu un problème dermatologique qui n’était pas réglé lors du départ de mon mari pour le Canada.  Or,  il est nécessaire pour l’accueil d’un animal domestique au Canada qu’il soit en bonne santé,  certificat à l’appui.  

Les inconvénients à cette situation (mon conjoint est depuis une semaine à Toronto et je pense le rejoindre d’ici 10 jours),  c’est que la découverte ne se fait pas ensemble.  Il vit plein de choses nouvelles,  qu’il me fait partager par whatsapp,  mais c’est forcément différent quand on vit tout cela ensemble. Cela amplifie mon envie d’aller le rejoindre.  

Il y a également ce sentiment de perdre son temps en restant ici.  Je me retrouve à faire toutes les petites tâches pas très passionnantes.  Je clôture notre vie ici pendant que lui débute la nôtre là-bas.  D’ailleurs,  lui aussi a dû faire beaucoup de démarches administratives: demande du numéro de sécurité sociale   (première chose à faire quand on arrive au Canada ou aux États-Unis pour y habiter),  échange du permis français pour obtenir un permis canadien,  ouverture d’un compte bancaire  (nous avons choisi la nationale bank pour l’instant, car leurs offres étaient les plus intéressantes), faire les démarches de recherche d’appartement  (quand il fait -17°c cela peut être quelque peu usant). 

Maintenant que l’état des lieux de notre appartement est fait,  que j’ai vendu le cabinet dans lequel je travaillais,  il ne me reste plus qu’à patienter en m’assurant que notre chat se soigne au plus vite.  J’en profite pour dire aurevoir à tous nos amis et à notre famille.  Chose peu aisée,  car dire aurevoir aux personnes que l’on aime est difficile à envisager. On a toujours l’envie de se dire  : » à bientôt « . 

Le paradoxe des départs 

Un trop plein d’amour. Voilà ce que je ressens depuis que je parle de mon départ à mon entourage personnel ou professionnel. Je ne m’attendais pas à ce don d’amour,  surtout d’un point de vue professionnel. 

 Je travaille dans le social,  le relationnel est le cœur de mon travail.  Chaque jour, j’essaye de donner le meilleur de moi pour accompagner au mieux les personnes que je rencontre. C’est une condition nécessaire à mon épanouissement professionnels: avoir l’impression d’avoir fait du mieux que je peux pour ne pas avoir des regrets ou développer un sentiment de culpabilité. Je n’attends donc rien en retour. 

Du coup,  c’est déstabilisant pour moi,  de ressentir tout cet amour qui m’est donné lorsque j’annonce mon départ pour décembre à Toronto. Je ressens une telle sincérité dans nos relations.  Moi qui revendique tant cette sincérité en tant que professionnelle:jouer un rôle,  très peu pour moi.  Cela me touche beaucoup. Cela développe une certaine fierté :j’ai réussi, nous avons réussi à construire quelque chose de vraie, une alliance,  une confiance et c’est une grande victoire. Je suis persuadée que c’est la confiance que l’on nous donne,  qui nous porte et nous permet de nous élever.  Alors quel plaisir de ressentir cette relation de confiance mutuelle. 

Paradoxalement, ce sont les séparations qui permettent, le mieux,  de se rendre compte de l’attachement que l’on a  vis à vis des personnes.  Je ne pense rien vous apprendre,  mais le  vivre c’est déstabilisant. C’est au moment où j’ai le plus envie de partir,  que je ressens le plus ce lien qui me raccroche à cette vie que je vais lâcher. Ce sentiment m’amène à une certaine nostalgie, bien que je ne sois pas partie. 

L’une de mes amies m’a dit : « toi, tu pars,  tu vas découvrir plein de choses, rencontrer de nouvelles personnes et nous on reste là. » et je crois que j’ai besoin d’être cette personne qui part,  probablement parce que j’ai trop peur d’être cette personne qui reste.  Ressentir ce trop plein d’amour qui nous retient est un sentiment ambivalent: il est synonyme d’attachement et de séparation tout à la fois…. Mais c’est une séparation voulue et non subie contrairement à la personne qui reste. 

Ai-je déjà été cette personne qui reste? La réponse est oui.  Quand mon compagnon est parti vivre 6 mois aux États-Unis,  et j’ai difficilement supporté d’être cette personne qui reste. La découverte d’une nouvelle vie par mon chéri  a pu accentuer l’effet routinier de ma  vie. 

Cette fois-ci,  je voulais être la personne qui part,  même si cela m’oblige à quitter des personnes et des choses que j’aime. Je pense d’ailleurs,  qu’il est préférable de partir dans ces conditions,  plutôt que dans la volonté de fuir une vie que l’on n’aime pas.  
Belle journée à vous, 

Pourquoi part-on? 

Pourquoi  un jour,  décide-t-on de partir ? Pourquoi,  un jour,  notre vie qui nous plaisait tant, n’est-elle plus suffisante pour notre épanouissement ? 

Je pense que les raisons peuvent être multiples.  Pour ma part,  j’ai eu une sorte de révélation quand je suis partie à Dubaï il y a 1 an et demi.  Ville d’expatriés par excellence,  j’ai réalisé que certains avaient fait ce choix de partir.  Curieuse,  j’ai regardé s’il y avait des emplois à Dubaï dans mon domaine professionnel… Et là surprise,  les offres d’emploi pleuvaient et étaient destinées aux expatriés. La graine était plantée:on pouvait partir et vivre ailleurs,  et pas uniquement pour de l’humanitaire.  Cette graine continuera à germer jusqu’à mon premier voyage aux U.S,  où là,  comme une évidence,  je me suis vu vivre là-bas. L’esprit nord-américain m’a beaucoup plu et m’a fait ressentir tous les manques de ma vie en France. C’était acté,  on allait tout faire pour s’expatrier en Amérique du Nord. 

Toronto est arrivé comme une opportunité.  Au début,  pas du tout dans notre champ de vision. Progressivement nous avons élargi nos recherches en passant des États-Unis à l’Amérique du Nord et l’on est tombé sur Toronto « the place to be ». Nous connaissions déjà un peu,  à travers le discours des membres de notre famille qui y étaient partis en PVT.  Cependant,  la ville a  pris une autre valeur à nos yeux.  Alors qu’elle représentait le froid et la grisaille à mes yeux jusqu’alors, désormais,  j’y vois désormais  la possibilité d’avoir une vie plus proche de mes valeurs et sans le stress qu’amène la vie parisienne. Illusion… Peut-être. En tout cas,  cette nouvelle vie à Toronto est vu comme un renouveau. Loin de vouloir fuir notre vie en partant, au contraire,  j’espère que notre départ ne viendra pas faire rupture,  c’est plutôt la recherche d’un ailleurs qui pourrait nous apporter quelque chose de différent. 

Paris m’a apporté beaucoup de choses,  maintenant mes manques de l’époque  se sont comblés et d’autres sont apparus.  Notre départ correspond à une évolution de notre vie et de nos attentes… Un jour,  probablement, Toronto ne nous conviendra plus,  et alors,  nous déciderons de partir. Il est toujours question d’évaluer les pour et les contre. Rien n’est tout blanc ou tout noir parcontre tant que les avantages sont supérieurs aux désagréments on reste. Quand la balance bascule alors qu’est-ce qui nous empêche d’aller ailleurs ? 
Belle journée à vous 

L’annonce du départ 

Tout notre entourage ne parle que de notre départ.  Ils nous posent des questions auxquelles nous ne pouvons pas encore apporter de réponse, presque comme si c’était eux qui partaient et qu’il fallait penser à tout ou comme si l’excitation était contagieuse. L’émotion première,  qui était plutôt égocentrée (mais pas égocentrique), lorsqu’on leur a annoncé notre départ , et qui était liée à la peur de ne plus nous voir aussi souvent,  a fait place à l’excitation du changement… Peut-être qu’ainsi, c’est un peu vivre une aventure par procuration,  sans avoir à  prendre les risques que le départ peut entraîner…. Finalement, chacun ne s’est-il pas déjà imaginé tout quitter, partir loin…. Alors peut-être que cette annonce est venue réveiller cette petite étincelle cachée tout au fond d’eux. 

Pour d’autres,  tous ces questionnements viennent sûrement  témoigner de l’inquiétude qu’ils peuvent ressentir  à l’idée  que l’on quitte tout pour tout reconstruire ailleurs.  Là encore,  cette inquiétude parle d’eux sans qu’ils ne s’en rendent compte: quitter le connu pour l’inconnu,  impossible ! 

Ou encore , tous ces questionnements peuvent laisser transparaître un besoin de contrôle,  là où  on ne maîtrise plus,   là ou on ne peut pas empêcher le départ de l’autre:si je ne peux pas vous retenir,  alors je veux me figurer clairement  votre vie loin de moi. 

En tout cas, c’est assez étonnant de voir la mobilisation de notre entourage.  C’est même plutôt plaisant de ressentir cet investissement. A force d’être confrontée aux mêmes questions, cela me permet de réaliser plus concrètement notre départ. Comme si la mise en mot rendait réel notre prochaine expatriation. 

Belle journée à vous 

L’impatience

J’ai un rapport particulier avec l’attente. Je pense pouvoir me qualifier d’impatiente, car je vais tout faire pour que les choses s’accélèrent….Et en même temps j’adore ce temps d’attente où finalement tout est possible. D’ailleurs, ce moment est mon moment préféré lorsque j’ai un projet (ça peut faire un peu déséquilibrée de dire ça, non?). En gros, quand j’ai un projet, bien sûr que je suis contente quand il se réalise et bien sûr j’arrive à en profiter, mais ce n’est pas ce moment-là que je préfère mais « l’avant-projet ». Ça crée chez moi une excitation particulière et puisque je suis une grande rêveuse, je me crée des scénarios, je m’imagine les choses. Ça me permet de vivre l’expérience autant de fois que je le veux et c’est sûrement pour cela que ce temps de rêveries m’apporte une émotion plus intense que la réalité. Ça ne m’empêche pas de pouvoir profiter de l’instant présent quand il arrive car il est finalement toujours différent de ce que j’avais imaginé et du coup je le vis comme une découverte.

Depuis petite, par exemple, le moment de l’année que je préfère c’est le printemps…. pourquoi ? Non pas parce que j’aime particulièrement les attributs de cette saison, mais parce que ça annonce l’été et que l’on peut encore s’imaginer tout ce que l’on va pouvoir faire à cette période de l’année. Une fois le 21 juin arrivé, j’ai déjà l’impression que c’est le début de la fin, idem pour les voyages (je suis un peu étrange, je sais).

Enfin, bon, difficile de dire si je suis impatiente car même si je me languis que les choses arrivent, j’apprécie ce temps où rien n’est encore advenu.

La seule situation où l’attente n’est pas quelque chose d’agréable c’est lorsque je n’ai aucune estimation du temps que je vais devoir attendre.

Et pour vous, qu’en est-il de cette impatience?

Belle journée à vous

La machine de l’expatriation est lancée

 

Depuis la veille, j’appelle tout le monde pour leur annoncer la nouvelle. Tout d’abord ma famille heureuse et triste à la fois. Puis mes amis, plutôt heureux et moins déchirés par la nouvelle même si, pour certains cela reste difficile.

Quelle nouvelle ?

Et bien, nous partons, désormais c’est assuré. Mon compagnon, après avoir passé de multiples entretiens, a eu sa réponse et est embauché par une entreprise américaine qui recrutait pour son antenne de Toronto.

Quand il s’était mis en lien avec les recruteurs, on voulait y croire, tout en sachant très bien que ça allait être compliqué, très compliqué. Le Canada, même s’il est friand de l’immigration, a des conditions drastiques  et est très sélectif sur les personnes qu’il souhaite accueillir en son sein.

Nous avions donc fait le choix de tenter plusieurs possibilités : nous nous sommes inscrits au PVT en août 2016, mon compagnon a postulé auprès de cette grande boîte et nous avions également pour idée de tenter notre chance aux États-Unis au cas où (on ne sait jamais), même si la sélection est encore plus drastique !

La nouvelle est arrivée lundi soir, décalage horaire oblige (nous sommes mercredi au moment où je vous écris).

On a eu du mal à y croire. On avait plutôt vu cette possibilité (d’intégrer cette entreprise) comme un coup d’essai, même si le projet nous plaisait énormément. Justement, c’était tellement beau que, paradoxalement, ça nous paraissait impossible. Et pourtant, vous apprendrez à nous connaître, on est plutôt aventureux.

Et bien, ça y est, avant la fin de l’année mon compagnon part s’installer à Toronto, et je viens le rejoindre courant janvier. Nous sommes tout excités.

Belle journée à vous.

Le ciel est la limite….