Ambivalence, quand tu nous tiens

Cette ville de Toronto développe un ressenti très particulier chez moi, une sorte d’ambivalence constante vis-à-vis d’elle. Je vous avais parlé de mon ressenti, il y a quelques mois dans mon article « Toronto je te ferai mienne!!! . Un questionnement revient quotidiennement vis-à-vis de Toronto. Il me semble donc intéressant d’aborder mes ressentis après quelques mois de recul désormais.

Est-ce-que j’aime cette ville? C’est très troublant car d’un jour à l’autre, d’un instant à l’autre, ma vision de la ville bascule. Est-ce-que je m’y sens bien? Là, encore c’est très difficile à dire. Je ne m’y sens pas mal, même si les premières semaines de mon arrivée ici (au mois de janvier) étaient, avec le recul un peu déprimantes. Si je prends les critères d’épanouissement en compte, je peux dire qu’ils sont pour la plupart remplis. Je pense qu’ils n’ont jamais autant été complétés d’ailleurs. Notre qualité de vie a explosé ici: moins de stress, plus de temps partagés, moins de privation, plus de voyages,  une ouverture plus grande vis-à-vis des autres,  plus de temps de loisirs, moins de temps de transports, plus de positivité. Tout cela rentre en compte dans l’épanouissement personnel, et j’ai tout cela ici. C’est évidemment, parce que nous vivons à Toronto, que tout cela nous est offert, mais….  Je vais tenter de me faire comprendre, j’apprécie ce que la vie ici m’apporte, mais je n’aime pas la ville de Toronto en elle-même d’où cette ambivalence perpétuelle. L’esthétique a beaucoup d’importance pour moi…

[Lorsque j’habitais Paris, je critiquais régulièrement le laisser aller de la ville, qui se reposait sur ses acquis architecturaux selon moi, sans chercher à améliorer la beauté des lieux et laissant se détériorer l’expérience des touristes et habitants, au fur et à mesure des années (efforts misérables pour assurer la propreté des rues et du métro. Je m’étais même renseignée sur le budget « propreté » de la ville », qui était colossal par ailleurs, mais qui était investi dans du cache-misère, plus que dans une réelle prise en main de la situation: micro-billes qui éclatent sous les pieds, dans le métro pour dégager un parfum afin de cacher l’odeur pestinentielle, par exemple)… Mais bref, c’était ma perception de Paris auparavant…]

Imaginez-bien qu’en arrivant à Toronto, j’ai été quelque peu désabusée de la démarche esthétique de la ville. Cette ville ne semble pas avoir réfléchit le moins du monde à l’harmonisation des espaces et au bien-être des Torontois. Les constructions des années 70, faites à la hâte, ressemblent à de gros blocs de l’air communiste. Ces barres et ces tours disséminées dans toute la ville et collées les unes au autres gâchent l’expérience visuelle. Et ces condos, ces fameux, ces hideux. Parce qu’ils sont tout de verre, devraient être plus jolis? Ils se multiplient, croquant chaque espace libre. Les jolies maisons victoriennes typiques de Toronto se retrouvent coincées entre ces colosses de verres et de béton. Le lac est bordé de condos et bâtiments industriels. Toronto étant la plus grande ville du Canada, je m’attendais à une ville relativement grise, mais ce qui me gêne c’est cette prise en otage par la ville: soit tu habites proches  des commodités et tu « bouffes du moche » à longueur de journée, soit tu t’éloignes dans les quartiers résidentiels de la ville (qui sont très excentrés, voire dans les villes limitrophes), mais tu n’as plus un seul magasin ou restaurant à côté de chez toi.

A titre d’exemple, j’ai réalisé un parcours sur google map pour préparer l’arrivée d’amis (dont je vous avais parlé dans cet article Préparation de nos prochaines destinations. J’ai envie de leur montrer « le beau Toronto », le « Toronto chaleureux », le « Toronto bohème » etc… Croyez-moi, pour réaliser le parcours que nous allons faire, sans que l’expérience ne soit gâchée par le fait de longer une grosse 4 voies ou de se retrouver à l’ombre de ces blocos gris et mal entretenus, cela a été un vrai casse-tête. J’ai d’ailleurs fini par prendre mon vélo pour faire mon repérage, afin de pouvoir visiter les lieux typiques de la ville et voir cette dernière, sous son meilleurs jours. J’ai ainsi pu constater que, quasiment dans chaque rue ou en tout cas à chaque croisement, tu te retrouvais avec un bâtiment laid qui venait gâcher l’esprit village de certains quartiers.

La circulation diffusée dans toutes la ville, dû à l’effet quadrillage des routes (bien qu’il y ait des axes principaux), est aussi quelque chose de désagréable. Même si la ville a mis en place certaines voies pour les cyclistes, elle est davantage centrée sur la circulation en voitures. Tu te retrouves avec des artères principales déversant des flots de voitures d’Est en Ouest et du Nord au Sud. Ce qui fait que même les parcs où l’on pourrait venir chercher un peu de verdure, sont encerclés par ces grandes voies. Le bruit incessant du trafic n’invite clairement pas au repos. Cela concerne aussi bien les petits parcs qu’on pourrait assimiler à des squares , que les plus grands parcs tels que Humber park  ou Wellesley park et toute la vallée de crothers woods. Ce sont de très jolis parcs mais ce que les jolies photos ne vous racontent pas, c’est que l’on entend le bruit perpétuel de la circulation en se promenant dans ces lieux. L’un de mes lieux favoris reste Scarbourough. Lorsque vous suivez la « waterfront trail »(qui traverse le sud de l’Ontario, si vous êtes partant pour découvrir ce territoire à vélo) des Beaches jusqu’au Crescent park, vous pouvez profiter des jolis paysages, des rues entretenues, du lac sans condos. Mais comme je vous le disais il faut sortir de Toronto.

J’ai trouvé une expression sympatique pour décrire mon ressenti vis-à-vis de Toronto, c’est une « ville instagrammable ». Il y a de superbes spots, des lieux vraiment jolis. En photos ils rendent d’ailleurs super bien, mais dès lors que tu regardes autour, tu as à affronter la pollution visuelle et sonore. A l’image de Sugar beach, magnifique plage, avec de superbes transats:

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Mais qui en réalité, se retrouve accolée à une usine de sucre qui dégage une odeur de « crevettes en décomposition » ou de « poubelles ». Nous n’avons pas réussi à trancher, en fonction de l’odorat de chacun!

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Du coup, mes amis sont surpris, quand je les ai au téléphone et leur parle de mon ressenti car ils me disent: « mais tu nous envoies toujours des photos magnifiques, etc »…. Oui, mais il y a un grand MAIS…..

Avec les beaux jours qui arrivent, ma vision de Toronto tend à s’améliorer car les arbres sont en feuilles, le soleil est agréable lorsqu’il est là, de nombreux festivals sont organisés… Je reste cependant très frustrée de constater des températures qui restent relativement fraîches (18 -20° fin juin). La météo est également très changeante d’un moment à l’autre. Il va faire très beau le matin par exemple puis à 14h il se met à pleuvoir pendant 3h et le soleil revient. Cela empêche de pouvoir prévoir des activités en extérieur, de peur de se retrouver sous la pluie.

Voici un exemple de ce que mon téléphone m’indiquait hier:

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Voici, donc les côtés positifs et négatifs de la ville selon moi. Je me suis attardée sur les points négatifs car tous les côtés positifs de la ville vous seront vantés sur l’ensemble des sites toutistiques etc.  Moi, je voulais vous parler de mon approche de la ville, en y vivant au quotidien. Encore une fois, habiter ici m’apporte beaucoup, cependant, la beauté de la ville me manque.

Belle journée à vous,

Toronto je te ferai mienne!!!

Je vous ai indiqué dans un premier temps que les premiers jours avaient été un peu rude. Je vous ai quitté, lors de mon dernier article Mon arrivée, en vous expliquant que cette passade ordinaire, avait laissé place à une envie de découvrir Toronto… Je vous retrouve donc pour vous expliquer comment je vois cette ville deux mois après mon arrivée.

Après une semaine à deux semaines de prise de repères (durant lesquelles je suis restée dans un périmètre restreint autour de mon appartement), j’ai fait le pari de vadrouiller à pied à travers la ville, allant d’Est en Ouest, du Sud au Nord, afin de me familiariser avec cette grande ville qui devait devenir MA ville. En effet, je me suis lancée le pari de m’y sentir bien, même s’il peut y faire un peu froid, et j’ai commencé à vraiment apprécier y être.

Je suis partie me promener près du lac Ontario, faire mes courses de fruits et légumes à China Town (vraiment compétitif en terme de prix), j’ai découvert cette fabuleuse invention du PATH (quand il fait froid, ce lieux est magique), j’ai marché jusqu’à Distillery District et je suis tombée par hasard sur St Lawrence Market (j’adore le secteur de la vieille ville). J’ai serpenté les rues de Kesington alors que le soleil était au rendez-vous. J’ai également recherché les espaces verts. J’ai ainsi arpenté les rues afin d’atteindre le parc de Riverdale (hélas la ferme était  ponctuellement fermée) et j’ai prix le métro jusqu’à High Park. J’ai même tentée d’aller à la plage à pieds (étant donné la distance, c’était quelque peu irraisonnable et j’ai dû faire demi-tour), mais j’y suis finalement retournée en Street-car.

J’ai également voulu me rendre dans les vrais quartiers résidentiels: je suppose que vous avez dû l’apprendre comme moi, au collège, les villes américaines sont différentes des villes françaises. Le centre-ville est principalement destiné aux affaires et à une population pauvre ou aux nouveaux arrivants. Les logements sont mal entretenus et ne sont pas très esthétiques, exceptés les condos, qui eux se mélangent aux buildings d’affaires (mais que je ne les trouve pas particulièrement charmants non plus ). J’ai donc décidé de marcher vers le Nord, et suis tombée sur le quartier de Summer Hill et Casa Loma. Il faisait un soleil radieux, et j’ai pu apprécier la beauté de ces maisons qui tranchaient avec les habitations du centre-ville, à l’esprit très grunge. J’ai appris par la suite qu’il s’agissait des deux quartiers les plus prisés de Toronto. Mais quel bonheur de voir « du beau ».

La ville de Toronto, l’hiver, n’est pas une très belle ville, particulièrement quand la grisaille s’en mêle, mais dès lors que le soleil apparaît son visage s’illumine. Les tags et graffitis qui maquillent les murs égaillent chaque rue, les écureuils courent de part et d’autre, les oiseaux chantent, les gens sortent. Au mois de février, nous avons eu la chance d’avoir une journée à 17 degrés avec un soleil sublime, les femmes avaient sorti les jupes et les dos nus, certains étaient en short…Cela a donné un aperçu de ce que sera l’été!

J’attends d’ailleurs avec impatience la floraison des arbres et les pelouses vertes. Je me suis surprise à regarder si les bourgeons étaient bien  là. Car j’ai hâte que ces masses grises endormies et brûlées par le froid se réveillent et offre un paysage verdoyant.

Il faut aussi que je vous parle de notre amie la neige. Il ne neige pas autant qu’à Montréal, il ne faut pas s’attendre à un mètre de neige, par ailleurs, très rapidement les rues de la villes sont dégagées. J’ai vécu trois épisodes neigeux. Cela a contribué à me faire aimer la ville. J’ai adoré prendre mes après-ski et marquer mes empreintes de pas dans la neige fraîche . Il est agréable (lorsqu’on a le temps) de se promener au fil des rues enneigée (finalement quand il neige, il fait généralement moins froid que lorsqu’il ne neige pas). J’étais émerveillée de toute cette poudre blanche. Une fois bien couvert, quand il n’y a pas de vent on se fait très bien au froid (c’est une frileuse et une adepte de plaid à tout va, qui vous parle!).

Il y a certains lieux que je veux réserver aux beaux jours, donc j’attendrai par exemple qu’il fasse plus chaud et beau pour aller visiter la fameuse île de Toronto. D’ailleurs j’essaye de me promener principalement lorsque le soleil est parmi nous, car cela impacte fortement mon ressenti sur les lieux où je vais. Je tente ainsi de me créer des expériences positives, et ça fonctionne: une lecture assise sur un banc au soleil, une musique « feeling good » dans les oreilles en arpentant les rues, l’échange de deux-trois mots avec un inconnu, un pique-nique sur la plage (vous pouvez allez voir mon article d’ailleurs:The Beaches), et surtout je garde le sourire car on récolte des sourires en échange, et ça contribue au bonheur, à mon bonheur.

Belle journée à vous,

The Beaches

A 30 minutes (en street-car) à l’est du centre de Toronto, les « Beaches » sont un vrai coin de paradis. Calme et apaisant, le lac  d’une superficie de  18529 Km 2 , nous fait oublier l’agitation de Downtown.


Des fauteuils sont disposés le long du rivage afin d’apprécier les rayons du soleil et le bruit des vagues. Les chiens sont autorisés à pénétrer sur la plage, mais les canadiens respectent les lieux et s’assurent d’avoir un sac à porté de main afin de conserver la propreté des lieux.

J’ai été particulièrement surprise qu’aucune grosse construction ne soit venue enlaidir la beauté des lieux. De simples petites maisons longent la plage, quelques cafés et restaurants offrent la possibilité de prendre une collation, près du parking. Des tables de pique-nique sont disposées sous les arbres afin de pouvoir apprécier un bon repas ou un goûter. Vous êtes à coup sûr rejoints par les écureuils qui ne sont pas farouches et qui viennent à votre rencontre (même s’il peut être particulièrement attirant de vouloir les toucher, ils sont vecteurs de maladies. Il est donc préférable de s’abstenir).

Le remblais a également été aménagé afin de pouvoir longer la plage même lorsque l’on a une poussette où un fauteuil roulant (ou que l’on ne veut pas se retrouver avec du sable plein les chaussures).


C’est un vrai havre de paix qui s’étend de Coxwell avenue à Nursewood Road, le long de Queen Street Road. L’eau est transparente et empreinte de reflets turquoises, le sable est nuancé de couleurs ocres et grises.

Si vous décidez de continuer votre route vers le Nord, je vous propose de traverser Ivan Forest Garden et de vous promener au milieu du quartier résidentiel, où vous pourrez voir de magnifiques habitations.
Cette expérience était magnifique et reposante et je compte bien retourner profiter de ce grand bleu dès lors que les températures vont me le permettre.

Belle journée à vous,